Par un beau week-end bien ensoleillé de la fin du mois de mai notre road-captain Pap’z donne rendez-vous à 21 bikers et ladies qui vont rendre visite aux « Chtis » par de belles petites routes comme nous les aimons. Le chemin n’est pas trop long et la chaleur est au rendez-vous présageant un magnifique ptit séjour dans le Nooord à Maroilles.

Une pause le midi est prévue dans le département de l’Aisne à Suzy au restaurant Saloon du domaine “Les Etangs Du Moulin”, lieu sympathique sur un site naturel superbe avec plusieurs étangs en pleine verdure au calme. Une très belle découverte qui donne envie d’y séjourner pour les amateurs de la pêche et du camping insolite. Mais le camping chti de destination finale prévu ne sera pas celui-là. Nos bikers et ladies vont  pouvoir se reposer de la chaleur ainsi que reposer et refroidir leurs montures un peu plus loin tout proche de Maroilles.

           

Bien hydratés et nos panses affamées garnies de certains bons plats régionaux pour certains, histoire de devenir Chtis avant l’heure non sans effort pensant ici à la bonne spécialité fromagère régionale du Nord et de l’Aisne que vous avez bien devinée : le bon fromage de maroilles et ses variantes culinaires, nous pouvons reprendre le chemin nous menant en destination finale. Mais le détour incontournable et obligatoire quand on vient dans cette région passe par une fromagerie. C’est à « La Ferme de Cerfmont » que nous découvrons la fabrication du mythique fromage portant le nom de sa ville avant de rejoindre notre camping à deux pas pour seulement deux nuits.

Cette exploitation créée en 1980 est composée de 120 vaches laitières et de 116 hectares dont 60% du lait est transformé en Maroilles fermier cru. Le maroilles ou marolles, pavé orangé devenu une véritable institution locale désignant un fromage dont la production et la transformation s’effectuent dans la Thiérache française uniquement au lait de vache est classé en 2025, le “meilleur fromage du monde” et possède la seule AOP fromagère des Hauts-de-France. L’histoire du maroilles commence il y a plus de mille ans au cœur de l’abbaye de Maroilles. Ce sont les moines qui, dès le IXe siècle, ont eu l’idée de transformer le lait des prairies avesnoises en fromage. Une sacrée idée quand on y pense. Pendant des siècles, le précieux fromage servira même à payer les impôts religieux. Oui, ici, le maroilles valait de l’or🪙. Et honnêtement… certains continuent de le considérer comme tel. Il sent fort, très fort. Le genre d’odeur qui entre dans une pièce avant vous. Le genre aussi qui fait sourire les habitués et reculer les novices de trois pas. Certains disent même qu’on reconnaît un vrai Ch’ti à sa capacité à ouvrir un maroilles dans une voiture fermée sans baisser les vitres 😄

               

Nous en profitons pour faire le plein en boutique de nos sacoches de fromages, de flamiches ou de brioches au maroilles… mais sous vide et au frais pour que le retour ne soit pas trop parfumé 😉 Inutile de vous dire qu’il va occuper aussitôt arrivés nos frigidaires en mobile home, la chaleur persistant dans le Nooord pour l’instant.

Notre camping 🏕️ « Le Moulin des Prés » est proche. Situé à Maroilles au cœur du Parc Régional de l’Avesnois sa situation en pleine nature, sa vue sur le bocage et sa rivière l’Helpe Mineure font de ce camping et auberge un beau lieu frais, calme et reposant. Une fois tous installés en mobiles homes attribués à chacun d’entre nous la soirée auberge espagnole familiale improvisée déroule sur l’herbe entre deux mobiles homes dans la joie et la bonne odeur du maroilles  🧀🐄 et toutes autres surprises culinaires sorties des sacoches. L’ambiance calme et apaisante du camping est alors mise un peu à l’épreuve le temps d’une soirée. La venue de Plaine De France Chapter est bien annoncée ;-). Avant de se coucher certains profitent de la fraîcheur bienvenue pour aller se dégourdir les jambes et souhaiter une bonne nuit aux vaches qui paissent dans les prés alentours 🐮🐄

                      

Après une bonne nuit 💤🌜de récupération et un bon petit déjeuner pris sur place à l’Auberge du camping direction Guise à une heure de route où nous allons découvrir son Familistère accompagnés et commenté d’une guide.

Situé dans la commune de Guise dans le département de l’Aisne, le Familistère est un établissement où plusieurs familles ou individus vivent ensemble dans une sorte de communauté et trouvent dans des magasins coopératifs ce qui leur est nécessaire. Construit et nom donné par l’industriel Jean-Baptiste André Godin aux bâtiments d’habitation pour l’hébergement de ses ouvriers et de leur famille c’est un haut lieu de l’histoire économique et sociale des XIXe et XXe siècles. Le succès commercial a incité Godin à développer son entreprise et à passer de la production artisanale à la production industrielle. C’est ainsi qu’en 1846, il a transféré le siège de son entreprise et la fabrication de ses poêles en fonte à Guise. Lui-même ancien ouvrier il avait conservé le souvenir des terribles conditions de vie et de travail des salariés de l’industrie et entendit par conséquent utiliser sa fortune pour améliorer la vie de ses employés. À partir de 1859, il entreprit de créer un univers autour de son usine de Guise, le « familistère », dont le mode de fonctionnement était comparable à celui des coopératives ouvrières de production. L’idée maîtresse de Godin était l’association du capital et du travail et il fonda en 1880 une association, le Familistère, et transforma son entreprise en coopérative de production, les bénéfices finançant écoles, caisses de secours qui fournissent une protection en cas de maladie ou d’accident du travail et assurent une retraite aux plus de 60 ans.

           

Il comprend plusieurs ensembles de bâtiments :

  • le « Palais social », formé d’un pavillon central encadré par deux ailes de taille un peu plus modeste, destinées à l’habitation, le pavillon Landrecies et le pavillon Cambrai, situé à l’écart du Palais social en face de son aile droite, lui aussi destiné à l’habitation. C’est le bâtiment le plus tardif, construit en 1883-1884,
  • la nourricerie et le pouponnat, à l’arrière du pavillon central du Palais social, détruit pendant la Première Guerre mondiale.
  • le bâtiment des économats en face de l’aile gauche du Palais social,
  • le bâtiment des écoles et du théâtre, en face du pavillon central du Palais social,
  • la buanderie, bains et piscine, située sur l’autre rive de l’Oise, du côté de l’usine.

Le jardin d’agrément du familistère fut créé en 1858 par Jean-Baptiste André Godin comprenant un potager, un verger et une partie « agrément », ponctuée de fontaines alimentées de différentes façons en eau stagnante, tourbillonnante, jet d’eau. Ces fontaines sont décorées de statues. Un ” Pavillon rustique ” — une hutte en bois couverte de chaume — symbolise l’habitation primitive faisant face à celle de la modernité, le familistère. 

Après la mort de Godin en 1888, l’Association continue de fonctionner grâce au renom de la marque “Godin” jusqu’aux années 1960. Sur le plan social, les choses restent également en l’état. Les différents gérants qui lui font suite se concentrent sur la nécessité de conserver intacte l’œuvre du  ” Fondateur ” et ainsi, aucun nouveau bâtiment n’est ajouté au Familistère. Les logements devenant très vite insuffisants pour accueillir de nouveaux ouvriers, une préférence est alors établie au bénéfice des enfants de familistériens qui deviennent prioritaires pour l’obtention d’un appartement. Ce caractère héréditaire entraîne des tensions, les associés apparaissant parfois comme une aristocratie satisfaite de ses privilèges et ne cherchant pas à les partager. En butte à des difficultés économiques, cherchant à se rapprocher d’une maison concurrente, l’entreprise se transforme en 1968 en société anonyme alors intégrée au groupe ” Le Creuset” qui vend rapidement les autres bâtiments. Les logements sont cédés en copropriété ; une centaine d’anciens familistériens y vit par la suite. En 1988 la marque Godin elle-même est transférée à la société Cheminées Philippe. C’est en 1991 que le site est classé ” Monument historique ” et en 2000 le projet Utopia est lancé pour financer la réhabilitation des bâtiments.

                

Notre guide nous mène vers le bâtiment principal ” Le Palais Social ” de  1864 en pavillon central où nous découvrons la vaste cour vitrée, lieu de rassemblements et de fêtes de la société, entourée des 150 appartements et démontrant toute l’ingéniosité de Godin pour le bien être des ouvriers et de leur famille, époque par époque nous décrivant les fonctions de chaque partie de ce monument gigantesque où vivaient les ouvriers et leur famille et nous relatant l’historique d’une utopie réalisée. Quartier libre ensuite nous est donné pour finir la visite individuelle sur place en évoluant dans les appartements étage par étage. Les salles du parcours d’exposition créées que nous parcourons dans les anciens logements forment le récit de l’aventure architecturale, industrielle, sociale et humaine du Familistère. Des scènes d’intérieure reconstituent ainsi des situations d’habitation dans le Palais Social à différentes époques, exposant aussi d’anciens poêles bien connu de la marque GODIN où parfois certains ont pu faire un retour dans le passé de leur enfance tout comme en extérieur aussi dans le bâtiments “buanderie, bains et piscine” du côté de l’usine en bordure de l’Oise.

              

Le midi nous nous retrouvons en salle de repas au bâtiment ” des économats ” où était proposée à l’époque de Godin des aliments et des produits de qualité sans intermédiaire et vendus donc au meilleurs prix, procurant ainsi aux ouvriers une alimentation saine. Maintenant transformé en cuisine et salle de restauration nous reprenons des forces et nous hydratons pour continuer notre journée sur Guise et pouvoir découvrir son château fort renfermant 1000 ans d’histoire et d’architecture. Une autre époque nous attend.

Guise, verrou sur la vallée de l’Oise, doit à sa situation géographique d’être, du Xe au XXe siècle, une forteresse au cœur des événements européens rattachée aux grands du royaume. 🏰 À l’imposant château fort médiéval dominé par le donjon millénaire, les célèbres Ducs de Guise feront succéder au XVIe siècle une des plus grandes places fortes bastionnées du nord de l’Europe. Son étonnante modernité lui vaudra l’attention de Vauban. Le Château de Guise va ainsi devenir une forteresse de 17 hectares, ceinturée à l’époque par plus d’1.5 km de remparts ; 4 hectares de douves assuraient la défense du site et le rendaient quasiment imprenable. Mais à partir de la guerre de 1870, les défenses se révèlent obsolètes face au développement de l’artillerie. Le site devient alors un lieu de casernement pour l’armée française, jusqu’au début du XXe siècle.

Lorsque cessent les tumultes de la Première Guerre mondiale, le Château Fort de Guise est ruiné, bombardé, mais il est loin d’être anéanti : son architecture demeure bien lisible sur la colline, dominant encore la ville.
L’Etat décide cependant de sa vente en 1923. Les divers propriétaires qui le rachètent transforment le Château en carrière de pierres et en décharge publique. Ces utilisations provoquent très vite une série de dégradations et même d’éboulements sur la voie publique d’une partie d’un rempart qui sera finalement dynamité. Maurice Duton fonde alors, en 1952, le Club du Vieux Manoir, une association de jeunes bénévoles qui va œuvrer à la sauvegarde, à la restauration et à l’animation du Château Fort. L’association et ses jeunes bénévoles en camp-chantier-patrimoine ont toujours en charge le Château Fort de Guise.

                           

                 

Après cette longue et chaude visite nous rentrons nous rafraichir sur Maroilles avant notre dernière soirée en camping. Une douche fraiche prise et bien méritée après cette journée ensoleillée et active ainsi que nos bagages prêts pour le départ du lendemain nous pouvons nous retrouvez à l’Auberge pour un repas typique du ch’nord 🍴🍕.

C’est après une belle nuit fraîche et étoilée que notre petit déjeuner nous attend avant notre départ pour notre retour avec une étape sur Soissons pour nous restaurer. Chacun pourra ensuite rentrer par son chemin habituelle à sa guise et retrouver son domicile.

              

Un grand bravo et merci à Christelle et Thierry pour cette deuxième édition chez les Chtis qu’il ne fallait pas louper tant par ces belles découvertes historiques, culinaires et gustatives que par ce beau week-end prolongé nous confirmant que le soleil et la chaleur existent dans le Noooord autant qu’ils les ont dans leurs coeurs.