Journée Croix-Rouge du 1er mai 2020, le Chapter en croisade…

Qu’il était bon d’ouvrir le garage en cette journée du 1er mai 2020, journée à marquer d’une pierre blanche, couleur du muguet, occasion pour beaucoup d’entre nous, de sortir notre belle de fer et d’acier, après des semaines de confinement. Il est certain que le son « Potato » et les vibrations du moteur dans son cadre, constituent pour nous une drogue, dont nous ne pouvions nous passer plus longtemps…

Delphine Renaudeau nous avait trouvé une noble mission pour cette journée, moyennant cinq documents écrits à fournir en vue de nous autoriser cette sortie.

Il s’agissait d’escorter les voitures de la Croix Rouge, apportant à domicile des repas à des gens du Val-d’Oise, souvent isolés et aux moyens limités.
Aussi, dès que nous avons reçu l’appel de Delphine et de Vincent dans ce sens, ce sont 24 bikers et 4 bikeuses qui ont répondu « présent », très rapidement, comme un seul homme ! C’était une opération d’envergure que de distribuer 750 repas dans le département, en accompagnant 10 voitures de la Croix-Rouge.

Mais revenons au présent : le pouce écrase le bouton du démarreur et le « V Twin » se met à ronronner…humm…. quel bonheur d’entendre à nouveau les pistons monter et descendre dans  le moteur qui s’ébroue, comme un cheval impatient de repartir au pré en ce milieu de printemps. Ensuite, un petit essorage de poignée nous permet de tracer la route et de nous retrouver pour 12h30 à Cormeilles en parisis, lieu du rendez-vous avec les bénévoles de la Croix-Rouge, sous un ciel encore incertain, plutôt moutonnant.

Retrouvailles avec tous les amis du Chapter  Plaine de France 95 présents en ce jour de grâce.
Qu’il était bon de se revoir après toutes ces semaines d’isolement !


Une fois les bécanes sur la béquille, nous faisons connaissance avec le groupe des bénévoles qui nous invitent à prendre un café et gouter des croissants pour nous ragaillardir. Voilà, au demeurant, un accueil fort sympathique !
Nous pénétrons ensuite dans une grande salle de type gymnase, flanquée à une extrémité d’une scène, pour découvrir d’autres bénévoles en train de terminer la préparation de plateaux repas. En cette période d’épidémie, tout le monde porte un masque et le respect des mesures de distanciation physique est la règle…


Alors, Delphine, telle Dame Guenièvre, nous rassemble pour discourir sur le déroulement de l’après-midi. Vient pour nous, le moment d’enfiler des chasubles blanches, porteuse d’une grande croix rouge sur le devant et l’arrière, nous transformant dans l’instant, en missionnaires, représentant(e)s de cette croix.

Retour à l’extérieur, et nonobstant notre désir d’en découdre rapidement avec le bitume, il nous faut patienter pendant le chargement des chariottes. Après des moments d’attente, égayés par les saillies guillerettes et parfois bien graveleuses de Sire Marty, les premières voitures s’ébranlent ( après une référence au Sieur Marty, ce genre de verbe est coutumier).


Il est temps alors pour les bikers-templiers de se séparer en petits groupes, chaque escouade accompagnant une chariotte conduite par les bénévoles et contenant les repas (les chariottes, pas les bénévoles ).


Messires Vincent, Duc de Montmorency, Pascal, Bailli de Montigny et Grand Condé du Chapter, Gilles, Baron de Rosny, et d’autres sires que j’oublie, qu’ils me pardonnent, prirent les devants  avec les premières voitures.
Un peu plus tard, les autres chevaliers-croisés enfourchèrent leur destrier de métal et après avoir enfilé leur heaume, comme il se doit, accompagnèrent  les chariottes suivantes par monts et par vaux.


De notre côté, tel Hannibal franchissant les Alpes sur son éléphant, nous eûmes à gravir la colline de Saint-Marc Rinvals, pour gagner à quelques lieues de là, Saint-Brice, après une ascension riche en courbes, puis à traverser une forêt qui ressemblait à celle de Brocéliande (non, rien bu, rien fumé…).
Comme notre imposante unité était constituée de nombreux cavaliers motorisés, notre franchissement des bourgs et bourgades fut parfois salué par les applaudissements de la gente présente, accompagnés de grands sourires.

Je me dois de conter que nous ne passions pas inaperçus sur ces chemins ou les carrosses étaient rares, d’autant que nos destriers, en dehors de leurs pétarades, avaient troqué leur hennissement pour des hurlements de sirène du style SAMU !

Mais que nenni, point de bourse molle parmi nous, car vint le moment des premières livraisons aux indigents. Ceux-ci souvent surpris, étonnés, par autant de gentillesse et de générosité à leur égard, acceptaient, parfois timidement la nourriture qui leur était offerte. D’autres, plus loquaces, s’en trouvaient enchantés et se confondaient en nombreux remerciements devant tant de bonne pitance, tout en louant notre passage.

Nous allions ainsi d’adresse en adresse, derrière notre voiture guide, porteuse de la célèbre croix créée par Henri Dunant, un citoyen Suisse, en 1859 à la bataille de Solférino. Cette croix, dont les couleurs sont l’inverse du drapeau suisse, est devenue un symbole de neutralité et d’humanité.


Cette page d’histoire étant exposée, il nous arrivait fréquemment d’accompagner « ad pedibus » nos vaillants bénévoles, les aidant dans leur quête à trouver chaumières et  autres logements moins somptueux !
En effet, parfois la route n’était pas simple, les hautes autorités  royales ou locales ayant déposé par-ci par-là de nouvelles interdictions de les emprunter dans un sens, sous forme d’une solide bannière  ronde à fond  rouge, traversée par une barre blanche en son milieu, et plantée au bord du chemin. C’était alors le moment pour nous le moment de pester et de vociférer contre une maréchaussée pour le moins « déroutante ». Une fois les criements retombés et les gueuleries éteintes, notre escouade reprenait sa tournée par une autre voie, en espérant que Marie, mère de Jésus, nous guiderait au mieux pour nous éviter pareille « malaventure » !

Lors de nos arrêts pour les livraisons, certains badauds, parfois avec des allures de gibet de potence, venaient sans vergogne mander la nature de nos montures ou bonimenter pour le plaisir de partager une jactance sur l’origine de tant d’escuyers sur leurs terres.
D’autres plus affables et ayant connaissance de la race équestre « Harley Davidson », posaient maints questoiements sur l’anatomie de nos coursiers, et c’est avec grande jovialité que nous rétorquions à leurs mandements.

Dans l’après-midi, les cieux s’étaient éclaircis, devenant plus cléments pour notre bonne fortune, nous permettant de poursuivre ainsi, de gîte en gîte, sans aucun mollissement.

La mission de nos croisés d’un jour se termina au crépuscule et d’aucuns se retrouvèrent au point de départ, pour un dernier échange autour d’une table ronde, tout en savourant ensemble un gouleyant breuvage requinquant, (plus tard appelé apéritif), avant que chacun ne regagne sa demeure.


Certes nous n’avons pas rapporté, tel Saint-Louis, la couronne d’épines du Christ de Jérusalem, ni affronté les Sarrasins, mais nous garderons en mémoire ces visages heureux d’inconnu(e)s, surpris(es) qu’on ait pensé à eux en ce jour du 1er mai 2020.

 

 Grand merci aux valeureux bénévoles de la Croix-Rouge, à Dame Delphine, à Sire Vincent, pour leur dévouement et grande gratitude également à nos bikers-bikeuses du Chapter Plaine de France 95, templiers(ères) d’un jour, pour leur mobilisation spontanée et généreuse.

C’était par ailleurs, grand honneur pour moi d’avoir eu le plaisir de chevaucher à vos côtés.

Avant de vous saluer, j’adresse moultes grâces à un noble sire issu de la péninsule ibérique, le très apprécié Sire Manuel Ribeiro, pour ses très inspirées et élégantes enluminures qui agrémentoient cet escrit.

Il me tarde de vous retrouver pour parcourir ensemble maintes lieues sur les chemins de notre bonne vieille terre de France.

Je termine par notre honorable devise :

« Montjoie, St Denis, que les membres du Chapter périssent si ils faiblissent ! »

 

 

Didier MANCHON  Historian

 

 

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