Le ciel était un peu couvert et gris ce dimanche matin mais cela ne pouvait  pas empêché 30 bikers et bikeuses déterminés de monter sur leur belle HARLEY , dans le but de partir de découvrir une curiosités des terres picardes.

Dans un premier temps, ce rendez-vous un peu étonnant avait été prévu bien avant, mais avec les histoires de confinement, il avait été reporté.

Aussi ce matin, vers 9h30, ma nouvelle compagne et moi attendions le convoi des 20  motos, place du jeu d’Arc à Cires-lès-Mello. Après quelques minutes de patience, le bruit sourd des premiers V twins se fit entendre dans la grande rue du village et une à une les motos défilèrent devant nous, étincelantes de tous leurs chromes.

C’est avec plaisir que je voyais passer tous ces amis, avec lesquels, pour certains, nous avions partagé de grands road trip.

Thierry Galoux menait le groupe en tant que Road Captain, tout en étant également à l’initiative de ce projet. Vincent Renaudeau fermait la marche avec son épouse. Olivier Pasquier me laissa rentrer dans la troupe devant lui, et après un feu rouge, qui nous sembla interminable, nous pûmes nous lancer dans la découverte de cette journée.

Thierry nous avait concocté un parcours champêtre avec de nombreuses traversées de villages. Plus nous avancions, plus la brique rouge devenait l’élément dominant des modestes constructions présentes le long des rues. Dans certains villages, on notait au bord de la grande rue l’existence de puits circulaires couverts par une petite toiture, ce qui m’intrigua. En fait, ces puits étaient des puits communaux, ou les villageois venaient tirer l’eau à l’époque où l’eau courante n’existait pas, c’est à dire fin 19e siècle début 20e siècle. Inutile de dire que ces puits étaient importants dans la vie du village ; on s’y rencontrait, on y discutait en échangeant sur les nouvelles de la vie du bourg…

Tout en roulant, je m’aperçus qu’il y avait devant moi la dernière Harley sortie d’usine et qui se vendait comme des petits pains aux USA ou en Europe, la Pan América . Fort de cette constatation, je me suis pensé, il y a un petit nouveau dans le groupe ! Je le regardais évoluer, et il ne se débrouillait pas trop mal, respectant la quinconce quand c’était le cas.

Nous fîmes un stop sur le parcours pour récupérer d’autres amis bikers et déguster d’excellents cookies préparés par Christelle. C’est alors que je découvris que le nouveau n’était autre que notre président de la concession de Baillet-en-France , Jeff himself ! 

Dans les champs, les blés venaient être coupés et certaines terres avait déjà été labourées. Nous n’avions pas beaucoup la possibilité de rouler en quinconce, les routes étant étroites, et c’est une longue file indienne de Harley Davidson qui s’étirait sur les routes sinueuses, de la campagne picarde… Je m’attendais à tout moment à voir Jeff quitter la route avec sa nouvelle Harley, pour traverser en Wheeling un champ à peine labouré, mais il n’en fut rien, il se refréna car il n’était pas question te salir ce magnifique engin destiné aux essais.

Vers midi, nous arrivâmes tranquillement à NAOURS, non loin d’AMIENS, ou nous attendait à un grand parking. Après avoir posé nos belles sur la béquille, il était temps d’aller casser la croûte, chacun ayant emporté avec soi son pique-nique. Aussi nous nous installâmes sur les bancs de grandes tables abritées, proches de l’entrée du site. Ce fut un moment de détente et de discussions, le plaisir de retrouver des amis et de prendre des nouvelles d’autres absents ce jour-là.

Ce déjeuner se termina par la dégustation de petits sablés citron délicieux réalisés et offerts  par Christiane.

Puis Vincent pris la parole pour nous parler du Chapter et des sorties à venir. Il nous indiqua également que nous allions avoir un guide pour la visite, visite améliorée donc, car normalement elle se faisait avec des audioguides.

Mais qu’allions nous découvrir ?

Eh bien, que sous la commune de Naours (prononcez Nor), il existe tout un réseau immense de galeries souterraines et de chambres, sans parler de salles de plus ou moins grandes dimensions.

Avant de plonger dans les entrailles de la terre, nous rencontrons à l’extérieur notre guide, Isabelle, d’origine anglaise, parlant cependant avec très peu d’accent et un certain humour très British, bien sûr…

À l’aide d’un plan, elle nous explique l’importance du site, son étendue, les différentes phases de construction des galeries et chambres au cours des siècles. Elle nous indique que nous allons en visiter environ 1 km, et qu’elle nous montrera les salles les plus importantes.

Elle reprend l’origine géologique des lieux. Il faut savoir que la mer occupait l’espace où nous nous trouvons, il y a 60 millions d’années, que le sable s’est aggloméré pour former ce sol calcaire qui nous entourera une fois sous terre, emprisonnant des morceaux de silex en fonction des époques.

« On trouve aussi des fossiles dans le sol », dit-elle, information sur laquelle rebondit aussitôt un simplet de notre groupe, par ce commentaire : « ma femme aussi a des faux cils et pourtant elle n’a pas 60 millions d’années, enfin, je crois… ».

Assez causé, il est temps d’emprunter à sa suite, un premier long escalier. La fraîcheur du lieu vous enveloppe, la lumière du jour s’échappe peu à peu…

La descente commence et nous emmène à 33 mètres sous terre. Heureusement nous sommes bien habillés, car la température est tombée de son côté, aux environs de 10°. Isabelle reprend la parole pour nous apporter d’autres renseignements.

Cet ensemble de carrières aménagées en galeries et chambres, creusées dans la craie pour protéger les populations civiles lors des guerres, est mentionné à partir du xive siècle.

En 1887, l’abbé Danicourt, curé du village et archéologue, redécouvrit l’entrée du site, et au terme de 18 années de fouilles et d’importants travaux de déblaiements, a rendu accessible dès 1888, cet incroyable ouvrage.

En Picardie et en Artois, les souterrains aménagés sont nombreux, particulièrement ramifiés et complexes. Celui de Naours est structuré à partir d’un épicentre (d’anciennes carrières d’extraction) et d’une douzaine d’« ilots ».

Les carrières de craie en dehors de leur usage pour la construction et pour le marnage des champs, (c’est à dire la modification de l’acidité des sols- à la baisse- certaines années, par l’ajout de poussières de calcaire)  ces carrières donc, ont servi d’abris pour les habitants, leurs biens et leurs animaux jusqu’à devenir de véritables souterrains-refuges, les « muches » (cachettes) en picard.

 Leur origine remonte au 3e et 4e siècle. Elles furent agrandies et aménagées pour se protéger des Invasions anglo-normandes, au début du XV ème siècle. 

Située  dans le flanc de la colline, la cité souterraine compte 20 galeries (soit 2 km de longueur), près de 130 « chambres » d’après le plan de l’abbé Danicourt, six cheminées, des places publiques, une chapelle (ces deux derniers éléments ont été créés par l’abbé Danicourt)

Elle fut utilisée particulièrement durant les guerres de Religion.

Aujourd’hui, les recherches archéologiques confortent la thèse d’une importante occupation au début du XVIIe siècle , attestée par des inscriptions, des pièces de monnaies, des poteries et des balles de mousquets. Depuis son ouverture au tourisme, dans les années 1930, il était coutume de dire que pendant la Première Guerre mondiale, les souterrains avaient servi d’hôpital militaire. L’archéologie contredit cette version et affirme l’attrait touristique des lieux, pour des soldats-voyageurs, dans une période troublée. Des recherches en archives révèlent que le site de Naours était une curiosité locale très prisée des militaires stationnés dans le secteur.

La majeure partie des salles et des couloirs du réseau souterrain porte un très grand nombre de signatures de soldats de la Première Guerre mondiale.

En cours de finalisation, le relevé du corpus de ces inscriptions est évalué à 2 800 noms. Ces signatures sont souvent accompagnées d’une nationalité, de l’unité de rattachement, de la date et parfois même de l’adresse d’origine. Des noms de soldats français, britanniques, américains, canadiens et indiens ont été identifiés. Mais près de la moitié des graffitis sont le fait, dès 1916, de soldats australiens. En règle générale, les soldats utilisaient un crayon mine pour tracer ces quelques lignes.

 

Pendant quelques instants, je me mets à la place d’un de ces soldats, venant gratter le mur avec son crayon, mobilisé pour la bataille de la Somme.  Il a inscrit son nom, son prénom, sa date d’entrée dans la guerre, et parfois un point d’interrogation quant à la date de sortie…

 « Pour combien de temps suis-je ici ? Vais-je en sortir vivant ? Pourrais-je revoir ma famille, si loin d’ici ? » Voilà les questions qui pouvaient lui venir à l’esprit et le travailler.

Parmi les  témoignages Australiens, j’ai noté que la majorité s’en est tirée vivante, que certains ont été blessés à plusieurs reprises, se battant âprement, que d’autres sont morts sur notre sol.

Merci à eux de leur courage et de leur volonté de nous aider. Merci vraiment. 

Les travaux de recherche et d’identification de ces milliers de noms sont toujours actuels. 

Quelques personnalités aux histoires parfois extraordinaires s’en dégagent.

C’est le cas du lieutenant Leslie Russel Blake. Blake qui laissera son nom et celui de son unité sur la paroi du souterrain le 1er janvier 1917. Célèbre géologue et cartographe australien, il est explorateur de l’Antarctique. Ses travaux sur l’île Macquarie lui vaudront alors la reconnaissance de la communauté scientifique internationale. Véritable héros de guerre, plusieurs fois blessé, il s’illustre pendant les combats de la bataille de la Somme et meurt le 3 octobre 1918.

L’archéologue Gilles Prilaux est tombé sur le journal de guerre de ce jeune brancardier originaire de Sydney. Le 2 janvier 1917, il écrit être parti se distraire avec un groupe de dix soldats “aux fameuses grottes de Naours”.

Samuel Meekosha, Anglais d’origine polonaise, obtint la Victoria Cross à 22 ans pour avoir sauvé plusieurs de ses camarades ensevelis vivants après un “marmitage” (un copieux bombardement). Il réchappa des combats, revint chez lui en héros, acclamé par la presse. Lorsqu’il se rengagea en 1939-1945, il changea de nom et devint Samuel Ingham, pour rester un simple soldat anonyme…

On croise aussi la trajectoire de Leslie Barrand, alias le Sniper. Un beau gosse, et l’une des plus fines gâchettes du front. Ce fermier devint ensuite champion de tir. Aujourd’hui, dans sa ville de Wagga Wagga, à 17 000 kilomètres de là, dans le sud-est de l’Australie, une avenue porte son nom.

En réalité, les soldats de l’Empire britannique, dont l’Australie, étaient stationnés à Vignacourt, à quelques kilomètres d’ici, et ne passaient que 20 % de leur temps en première ligne, après quoi ils devaient décompresser : la visite de ce site, avec les différents décors installés par l’abbé Danicourt, faisait partie des activités. Naours ou l’ultime respiration sous terre, avant de remonter vers l’horreur de la surface, le plus souvent pour y mourir ! Les premiers jours de juillet 1916, la bataille de la Somme se révéla la plus meurtrière du conflit, avec 400 000 morts en quelques mois, dont une majorité de recrues de l’Empire britannique…

 Nous parcourons les galeries ou rues, toujours avec les explications d’Isabelle, nous indiquant que chaque rue reprend le nom d’une rue du village au-dessus, et nous arrêtons dans une petite pièce de laquelle part verticalement une très haute cheminée coudée à deux reprises à angle droit.

 

Pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi, ces cheminées débouchaient dans une maison du village, comme celle du boulanger ou du forgeron… Il y avait ainsi, six cheminées différentes, remontant vers la surface du site.

Nous découvrons certains endroits  remarquables, comme la Rotonde, la salle du congrès avec son pilier, la chapelle, la galerie de la salle du Trésor, la salle des fêtes, le monument de la place des ancêtres, la petite salle de l’ossuaire, et près de la sortie, le calvaire. C’est d’ailleurs devant ce dernier que nous terminerons ce cheminement sous terrain passionnant par une photo de notre groupe Plaine de France 95.

Mais la visite n’est pas terminée ; il nous reste à découvrir, en surface, le musée des vieux métiers et le Centre d’interprétation des Soldats Voyageurs.

 Le musée des vieux métiers reconstitue des personnages en cire, dans la posture de leurs quatorze professions d’antan, en habits picards, métiers qui pouvaient s’observer aussi dans d’autres régions de France.

On trouve ainsi le maréchal-ferrant, le sellier, le rémouleur, le garde champêtre, le vannier, les métiers du battage et du vannage du grain, celui du cardage de la laine de mouton, et des métiers plus rares comme la tireloteuse (elle vendait des billets de loterie, rarement gagnants…) et le teilleur de lin.

 

Que pouvait bien faire un teilleur de lin ? En fait, ils étaient nombreux dans le nord de la France à la fin du 20e siècle à pratiquer le teillage du lin. Il s’agissait de briser la partie ligneuse (dure) du lin, afin de la séparer de la filasse, utile pour aboutir au lin. Ce métier a disparu vers 1950.

 

Nous déambulons au milieu de ces hommes et femmes de cire, pour arriver tout doucement dans des petites salles reprenant la vie et l’histoire retrouvée de certains soldats de la Grande Guerre. Moments émouvants que de se plonger dans le passé de ces hommes ordinaires et pourtant si courageux. Il faut saluer le travail d’enquête de tous les chercheurs actuels, pour sortir ces graffitis de l’anonymat et redonner à ces soldats les honneurs qu’ils méritent. 

Progressivement, après ces lectures, nous retrouvons la lumière du jour et nos réalités. 

C’est le moment de faire une pause, d’autant que le soleil s’est enfin levé pour souligner la beauté des alentours. Nous en profitons pour nous asseoir et consommer une bonne bière ou un autre breuvage plus chaud.

Moment de transition entre l’obscurité souterraine et la clarté de surface.

Il est temps pour nous de retrouver nos brèles et d’attaquer la route de retour, après un passage à la pompe et un dernier au revoir.

Dans ma vie j’ai eu l’occasion de découvrir les catacombes de notre capitale, les incroyables souterrains de Paris qui sont devenus inaccessibles au public, des cités souterraines de Cappadoce en Turquie, des anciennes carrières un peu partout en France, mais je dois dire que la cité souterraine de Naours est un modèle par sa restauration, et l’ensemble des informations historiques qui nous sont livrées à son sujet.

Grâce à cela, ce n’est pas uniquement une plongée dans les profondeurs de la terre, c’est aussi une plongée dans l’histoire, La Grande et celle d’individus comme vous et moi.

Cet endroit est fascinant et riche, merci à Thierry d’avoir eu l’idée de nous y emmener et de mettre sur pied cette sortie.

Merci à Isabelle notre guide, pour la qualité de son exposé du site et pour ses réponses à nos questions.

Remerciements par ailleurs aux différents photographes de cet article, dont Isabelle, leurs photos apportent de la vie au texte. 

 

Je vous dis à bientôt pour d’autres découvertes ensemble au sein du Chapter Plaine de France 95.

 

Biz à tous.

 

 

Didier Manchon « Historian »

 

 

PS : Jef, tu peux revenir quand tu veux, le bureau t’a validé comme biker…

 

 

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