Ce RUN qui avait été préparé pour un peu plus tard dans la saison, se retrouvait soudainement à l’ordre du jour du fait du déconfinement sur les déplacements routiers.

Comme d’habitude, Vincent m’avait appelé au débotté, pour me demander si j’étais OK de l’organiser pour la fin de semaine… mais je sais bien qu’il fait le maximum et que l’exemple venant d’en haut, j’étais prêt à  faire de même.

Nous étions donc pas loin d’une trentaine de bikers et bikeuses, et 20 motos ce dimanche matin à 9h devant la concession Harley Davidson de Baillet-en-France, à nous retrouver.

Virus oblige, les coups de coude, de fesses, tape du poing, du pied, ont remplacé les bises et les étreintes affectueuses habituelles. Les visages, égayés par de larges sourires,  rayonnent de joie lors de ces retrouvailles apres tant de semaines sans vraiment rouler pour le plaisir.

Il est temps cependant d’en venir au briefing habituel pour expliquer la journée et nos consignes de sécurité.

J’indique que ce briefing d’une demi-heure (cherchez l’erreur) va se dérouler en 3 points : un point sécurité effectué par Christian, un point météo opéré par Thierry, un point circulation délivré par Vincent.

Bien sûr, comme je n’avais pas prévenu ni l’un ni l’autre sauf Christian, ils se sont trouvés un peu surpris, mais aucun ne s’est démonté comme vous l’avez constaté. Ce sont des gars cool, imperturbables !

Donc Christian, avec son expérience, nous rappelle les règles de la circulation en quinconce, le respect de la priorité au giratoire,etc.

Thierry nous annonce que sa grenouille a mis son maillot de bain, donc feu vert, et Vincent en liaison directe avec le PC de Rosny-sous-Bois, nous indique que la circulation est fluide, sans bisons sur la route, futés ou non.

Alors moteur ça tourne, et tel Godefroy de bouillon, je prends la tête de cette cohorte de nobles chevaliers et chevalières (bagues à part) dès la sortie de la concession. Qu’il est bon de voir tous ces étendards flotter au vent en cette belle  journée dominicale, et je suis sûr qu’à une lieue de là,  Notre Dame de France est fière de nous. Car nous partons retrouver nos bons territoires de France et bouter hors de ses plaines nos ennemis du moment : le confinement, l’ennui, les carabistouilles, balivernes et calembredaines colportées par tous les complotistes, tous ennemis de notre bon roi Emmanuel le 1er (de sa classe) !

Au début de notre parcours, trike de Eric en tête pour impressionner les badauds, nous passons près de l’abbaye de Royaumont, chère à Saint-Louis, puis nous traversons Chantilly où plane l’esprit du grand Condé, nous contournons Senlis et sa superbe cathédrale, avant de nous retrouver sous le bouillon, ce qui me fait penser que  j’aurai peut-être dû me choisir un autre nom… en fait je comprends rapidement que nous nous déplaçons sous un nuage bien chargé qui va dans la même direction que nous. Il est donc temps de fausser compagnie à cet ennemi de nos montures, si nous ne voulons pas que ces dernières rouillent aux articulations. Une pause s’impose pour notre convoi… et quelques minutes après cet arrêt improvisé, les rayons du soleil viennent faire étinceler nos chromes.

C’est alors qu’une nouvelle parmi notre groupe, une certaine Anne présentée par Mimi et non par JEFF pour une fois, probablement de Bretagne, (Anne, pas Mimi ni Jeff), mais je n’ai pas eu le temps de lui demander l’historique de sa famille ni son blaze, m’indique que sa monture, un modèle 1200CC, stage 16, dont la consommation dans les 28 litres aux 100 est digne d’un char Sherman, ne pourra pas faire l’aller-retour, sans trouver une écurie riche en bonne avoine.

Pour ne pas laisser sa bête sur le flanc, il faut donc que je change mes plans de parcours, et nous irons donc après la clairière de Rethondes, directement rejoindre la bonne ville de Compiègne, au lieu d’aller flâner sur les bords des étangs Saint-Pierre.

Je mets en conséquence à la benne mes trois plans de run « calimoto » soigneusement enregistrés et preparés pendant les longues soirées de l’hiver dernier, pour improviser à la hâte, une nouvelle route à l’aide de notre bon vieux « Ouaise ». Il n’est pas question de se mettre à dos Anne et le royaume bigouden, sachant que ce dernier a facilement tendance à s’allier avec les rosbifs, contre notre bon roi De France; la raison d’état commandant mes décisions.

Ayant faussé compagnie à notre ennemi humide, nous reprenons la route vers la clairière de Rethondes, mais auparavant nous parcourons la belle forêt de Compiègne, traversons le joli village de Saint Jean aux bois, pour enfin aboutir à la fameuse clairière qui a vu la fin de la guerre de 14-18, par la signature de l’armistice entre forces françaises et leurs alliés d’un côté, et les « plénipotentiaires » allemands de l’autre.

Un peu d’histoire : « L’état-major Français souhaite un lieu isolé des regards capable d’accueillir deux trains : un pour les Alliés et l’autre pour les Allemands. L’ancien épi de tir  de Franc-port  convient parfaitement. Il est proche de la gare de Rethondes, ce qui permet de ravitailler en eau les machines qui sont en permanence maintenues en chauffe, et il est assez éloigné pour permettre des discussions loin des regards. Les journalistes sont tenus volontairement à l’écart. Un chemin en caillebotis est installé entre les deux trains pour permettre les déplacements des plénipotentiaires. L’Armistice est signé dans le wagon-restaurant du train français. Ce dernier est ensuite transformé en musée.

 L’armistice du 22 juin 1940, cette fois-ci demandé par la France à l’Allemagne après la bataille de France, fut signé par la volonté d’Hitler dans cette même voiture historique placée exactement au même endroit qu’en 1918, selon le désir d’Hitler, montrant ainsi son esprit de revanche envers la France, qui, selon lui, avait humilié l’Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Hitler se venge ainsi du diktat de Versailles En 1940, le Führer  fait emmener le wagon à Berlin où il est évacué dans une ville voisine (Ohrdruf) lors de l’avancée des armées alliées. Il sera détruit par accident sur une voie de garage dans la gare de Crawinkel. Une reconstitution a été réalisée dans un wagon identique (le VR 2439) et est aujourd’hui présentée  dans le musée adjacent à la  clairière. »

Notre groupe s’éparpille dans la clairière sous le regard du maréchal Foch, statufié pour la circonstance.

Puis retour à nos V twin et direction un relai-écurie de la bonne ville de Compiègne, afin de satisfaire les besoins du Sherman bigouden qui nous accompagne…

 Une fois tous les réservoirs principaux et auxiliaires remplis, nous allons parquer nos belles montures devant l’esplanade du château de Compiègne, et profitant des bancs installés à l’ombre des arbres, nous festoyons modestement et tranquillement.

 Eh oui, selon une expression pompée chez nos ( récents) amis anglais, nous « pique niquons » : « D’après le thésaurus, «piquenique», qui s’écrivait encore «pic-nic» au XVIIIe siècle, proviendrait en effet de l’anglais «pick nick», du verbe to pick «saisir» et nick, «point, instant». …Faire un piquenique», c’est donc littéralement picorer des petites choses. »

Une fois repus nous décidons de sortir la bannière du Chapter plaine de France 95 pour une photo souvenir de groupe devant le château de Compiègne. Afin de tous être présents sur cette photo Laurent pose son appareil sur une borne escamotable devant l’entrée. Pendant que nous tournons le dos à la résidence de deux empereurs successifs, Napoléon premier et Napoléon III , nous avons la surprise de voir cette borne commencer à s’enfoncer lentement dans le sol avec l’appareil de Laurent. En fait, une voiture tente de sortir malgré notre groupe ! Une fois celle-ci passée, nous reprenons la pose mais le retardateur, bien caché, est impossible a trouver. Grâce à l’intervention de Manu, photographe professionnel, il est enfin possible de prendre la photo mémorable en tete de cet article !

Nous partons ensuite déambuler dans les rues de cette cité impériale, passons devant la magnifique façade de l’hôtel de ville,

puis nous nous engageons dont les rues piétonnes de la  ville, pour nous arrêter devant « la vieille cassine ».

Je vous livre les informations recueillies sur Wikipédia : « Maison à colombages “La Vieille Cassine” date en partie du XVe siècle. Le terme de cassine désigne, en picard, une maison d’aspect plutôt rustique. Ce fut assez longtemps la demeure des Maîtres du Pont qui dirigeaient une dizaine de pilotes, ou Compagnons de l’Arche, habiles à faire passer les bateaux sous l’ancien pont, dit de Saint-Louis, dont les multiples arches créaient des remous dangereux. »

Petite photo de groupe devant cette demeure unique et nous repartons en direction de l’église Saint-Jacques.

Nous y pénétrons pour découvrir de magnifiques boiseries enrichissant le bas de ses piliers et de ses murs, ainsi qu’une chapelle aux reliques,

incroyable de richesses, et un orgue impressionnant au fond de la nef centrale. Un marbre rose splendide recouvre le bas des parois du choeur et de l’abside.

Il est temps pour nous de retrouver nos montures et de filer vers la commune de Rethondes, que nous traversons et quittons par une grande ligne droite qui aboutit à un stop. Et là, à droite ou à gauche ? Grand moment de solitude pour un Road  Captain ! Etant sur la route depuis le début de cette sainte journée, je n’ai pas vu en moi le doute s’immiscer… si seulement j’avais pu lire dans les pensées de mon logiciel de navigation Calimoto ! mais celui-ci n’était plus opérationnel, ni Ouaize d’ailleurs, car nous devions aller sur Vieux Moulin, mais par des petites routes non directes.

Pendant ce temps , une vingtaine de V twin piaffaient d’impatience derrière moi !

Comme aurait dit Jean-Pierre Foucault, j’avais plusieurs options comme solutions :

A – la boule de cristal

B- l’appel à un ami

C- une prière à Notre Dame de France et à Saint Christophe

D- me rappeler de ce put***  de parcours !

En fait j’ai associé les options C et D pour décider que c’était à droite, car ma boule de cristal n’avait pas subi de contrôle technique récent, et  pas le temps pour l’appel à un ami !

Grâce à Notre Dame de Françe associée à Saint Christophe, et à quelques neurones encore fonctionnels, nous étions sur la bonne voie, et un peu plus loin nous tournions à gauche vers Vieux Moulin, que nous avons pu rejoindre par une magnifique petite route à travers bois. Lentement nous parcourons la rue centrale de cette petite commune, avec ses maisons blanches à colombages, pour retrouver la départementale qui mène aux étangs Saint-Pierre.

Nous stoppons nos bécanes sur un parking près du pavillon de chasse de l’impératrice Eugénie, dans cet endroit paisible et verdoyant, ou la surface des eaux fait office de miroir, renvoyant les rayons du soleil. Petite sieste pour certains, suivie d’un discours de Vincent, notre dynamique director, expliquant le programme des sorties ou événements à venir.

Mais il est 15h30 et nous ne pouvons pas trop traîner, car météo oblige, les premières ondées arrivant sur l’île de France vers 17h, et compte tenu des parcours à effectuer par certains pour rentrer chez eux, il faut lever la béquille maintenant, si l’on veut que tout le monde rentre à sec.

Nous récupérons la N 17 pour mettre les gaz vers Senlis, que nous traversons par des petites rues, pour passer devant le cimetière militaire de 14-18, avant de nous retrouver au carrefour de l’Obélisque, puis emprunter le boulevard des Otages, qui nous ramènera sur la N 17. Beaucoup d’histoire avec un grand  « H » également à Senlis…

Dans Pontarmé, nous empruntons une ruelle pavée qui nous permet de découvrir le côté équestre de cette commune  avant de gagner Mongrésin, puis Orry-la-ville et retour sur Baillet-en-France, en passant par Luzarches.

Voilà, fin du périple, j’espère qu’il vous aura plu, par ses routes, ses paysages, ses villes et monuments et l’ambiance que vous y avez trouvée.

Merci à tous d’y avoir participé. Félicitations à Christelle Galoux dont c’était le premier Run HARLEY  depuis son récent permis et qui s’est comportée impeccablement.

 

PS : Vincent, j’ai toujours à ta disposition le « vrai parcours » de la sortie Compiègne dans mes fichiers  Calimoto, qui n’a rien à voir avec celui « à la mode de Bretagne », de ce jour…

Information de dernière minute : le Sherman bigouden est un Sportster  XL 1200 noir…piloté en “mode torpille” par Anne quand elle n’est pas en convoi !

 

Didier MANCHON  « Historian »

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